the Immeasurable presents :

ON DEATH AND LOVE

from J. Krishnamurti, 7th Public Talk in Paris, 1961

direction, camera & editing : Maël G. Lagadec
with : Carolina Morais Fonseca, Pierre-Noël Akosse, Melissa Pirson
music : bààn
sound : Christine Verschorren
production : Babelfish

Probably most of you have not thought about this problem at all: to die each day… That means not to carry over from yesterday all your ambitions, grievances, your memories of fulfilment, your grudges, your hatred. You understand? To die everyday. Most of us wither away, but that is not dying. To die is to know what love is.  Love has no continuity, no tomorrow.  The picture of a person on the wall, the image, in your mind - that is not love, it is merely memory.  Love means, surely, to die to everything that you have known. As love is the unknown, so death is the unknown.  So you cannot love with the known. And to enter the unknown, which is death, one must die everyday to everything. Then only is the mind fresh, young and innocent; and in that there is no death... And it can be done, only it demands a great deal of self-enquiry, and awareness of every thought, every gesture, every word, so that there is no accumulation.  Surely, that one can do. Then you will know what it is to die every day; and then perhaps we shall also know what it is to love every day, and not merely know love as memory. We don’t know what it is to live, because we are afraid, and we don’t know what it is to die. We don’t know what it is to love, but we do know what it is to be attached, which we call love: my family, my husband, my child… to die to that attachment, to actually die to it. Without any argument, without any choice. And perhaps you will know what it is to love. All that we know now is the smoke, the smoke of jealousy, envy, ambition, greed, and the pain of all that.  We do not know the flame behind the smoke.  To find that out one must put away the smoke, completely, totally. Then we shall find that living and dying are the same thing, not theoretically, but actually.

J. Krishnamurti

J'imagine que la plupart d'entre vous n'ont accordé aucune réflexion à ce problème: mourir chaque jour... Ce qui signifie: ne pas se charger des ambitions, des griefs, des souvenirs de réussite, des rancunes, des haines de la veille. Vous comprenez? Mourir tous les jours. La plupart d'entre nous s'étiole, mais on ne peut pas appeler ça mourir. Mourir, c'est savoir ce qu'est l'amour. L'amour n'a pas de continuité, pas de lendemain. La photo d'une personne sur un mur, son image dans votre esprit — ce n'est pas ça l'amour, ça n'est que le souvenir. L'amour ne peut vouloir dire autre chose que de mourir aux yeux de tout ce que vous avez connu. Si l'amour c'est l'inconnu, de même la mort est l'inconnu. Ainsi, on ne peut aimer ce qui est déjà connu. Et pour pénétrer dans l'inconnu, c'est-à-dire la mort, on doit mourir, chaque jour, aux yeux de tout. C'est alors seulement que l'esprit est frais, jeune, innocent; et c'est là ce qui ne meurt jamais... Et on peut y parvenir. Seulement cela requiert beaucoup d'introspection, une attention à chaque pensée, chaque geste, chaque mot, pour ne rien laisser s'accumuler. Je crois qu'on peut y arriver. Alors vous saurez ce que c'est de mourir chaque jour; et alors peut-être vous saurez ce que c'est d'aimer chaque jour, et non simplement d'aimer en souvenir. Nous ne savons pas ce que c'est de vivre car nous avons peur, et nous ne savons pas ce que c'est de mourir. Nous ne savons pas ce que c'est d'aimer mais nous connaissons l'attachement, que nous appelons amour: ma famille, mon mari, mon enfant... mourons à cet attachement, mourons réellement. Sans discuter, sans avoir le choix. Et alors nous connaîtrons peut-être ce que c'est d'aimer. On ne connaît que la fumée, la fumée de la jalousie, de l'envie, de la possessivité, et la douleur qui découle de tout cela. On ne connaît pas la flamme derrière la fumée. Pour la trouver, on doit dissiper la fumée, complètement, totalement. Alors on comprendra que vivre et mourir sont la même chose, non théoriquement, mais réellement.

J. Krishnamurti